Postface

par Monique Riou

 

in "José Miguel, une clé pour mieux comprendre les « naïfs »historiques et préhistoriques",

par Noëlle Perez-Christiaens, I.S.A., Paris, 1993, p.41

 

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Dans ces pages, Miguel a été comparé très judicieusement à un conteur ; c’est tout à fait exact qu’il fait partie de l’une des dernières cultures sans écriture européenne, et qu’il transmet son expérience d’homme sérieux et drôle selon les circonstances à travers ses toiles. Mais il y a un autre "genre" dans la transmission orale, qui n’a pas été abordé ici, et qui pourrait également servir à faire percevoir la valeur d’un peintre Naïf: c’est la chanson. Ce genre a été recueilli en France dès le XIXè siècle par des lettrés qui ont ainsi sauvé - pour n’en citer que deux - quelques petits trésors du Berry, en ce qui concerne George Sand, et de Bretagne pour Théodore Hersat de la Villemarqué, dont le recueil "Barzaz Breiz" fut publié en 1839... il y a cent cinquante ans!

Dans la chanson, la transmission orale est collective, et raconte un évènement en accordant plus d’importance aux faits qu’aux personnes... quant à l’auteur, il reste généralement anonyme, comme les sculpteurs et les enlumineurs du Moyen-Age. Comme les contes, les chansons existent en plusieurs versions, c’est-à-dire qu’à condition d’en respecter le tempo, on peut donner de légères variantes au texte: tant qu’elles sont chantées, elles sont vivantes; elles ne se fossilisent qu’une fois perdues pour la tradition orale vivante. Elles sont précieuses pour conserver en mémoire des faits divers, parfois tout petits, et retrouver le lieu où ils se sont passé[…].

Cette transmission orale déroute les lettrés habitués à l’écrit, dans lequel l’évènement relaté est fixé par un individu... Mais après quelques erreurs judiciaires notoires, peut-on encore accorder pleine confiance à un document écrit ?... Il faut comprendre que lorsqu’on aborde des "cultures sans écriture", le trouble est le même pour ceux qui sont habitués à recevoir verbalement les informations... une fois les faits couchés sur papier, ils ne s’y reconnaissent plus. Le lavoir, l’épicerie, la taverne étaient les lieux privilégiés de ce que l’on appelle souvent "le téléphone arabe".

C’est un fait très important à comprendre quand on veut percevoir en profondeur les personnes qui, comme Miguel, vivent dans l’oral, de l’oral et par l’oral... Tout ce qui est écrit est étranger à leur manière de vivre et de penser, ils s’en méfient et ont infiniment plus de confiance en leur mémoire qui ne les trompe jamais une fois qu’on les remet en situation, parce qu’eux (seuls) savent "voir" un évènement dans son intégralité.

C’est le charme de tels évènements qu’on retrouve contés ou chantés dans les toiles de Miguel.

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